Mary Lou Freel

Née à Niagara Falls en 1943, elle habite à Montréal, où ses tapisseries sont entreposées les unes sur les autres sur un grand lit à baldaquin. Cela fait 35 ans qu’elle fait aller son aiguille avec du fil de laine, de coton et de soie. Sa mère et sa grand-mère lui ont appris la manière ; pour l’art, elle ne sait pas d’où ça lui est venu, peut-être de l’imagination et de la fantaisie de sa famille irlandaise émigrée dans le sud des États-Unis. Si son travail ne dit rien d’elle, ses tapisseries lui donnent une certaine forme de parole. Avec un père pianiste de jazz, elle se destinait à être pianiste, jusqu’à son premier concert qui sera le dernier : elle se révèle incapable de jouer en public. Des années plus tard, elle est devenue brodeuse, dans le silence des fils et de leurs nouages. Chacune de ses tapisseries raconte une histoire où les temps se mêlent comme dans les rêves, où les mémoires de la famille et de l’Irlande, de son paganisme et de son christianisme, de l’Antiquité et de l’espèce humaine forment d’étranges patchworks. Tard dans sa vie, elle a voulu aller à l’université, se demandant si elle devait se former à l’art textile ; sur ce qui l’intéressait, elle dit qu’elle n’a rien appris.